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3/01/2009

Archive retrouvée: Entretien avec João Pedro Stedile, coordinateur national du Mouvement des travailleurs ruraux sans-terre du Brésil.


le 22 février 2005

Où en est la lutte pour la terre et dans quelle situation se trouve le Mouvement des sans-terre (MST) ?

João Pedro Stedile - Jusqu’à présent, le gouvernement n’a pas tenu ses promesses en ce qui concerne la réforme agraire. Le nombre de paysans ayant obtenu de la terre en deux ans de gouvernement Lula est vraiment trop faible, notamment par rapport à ce qu’avait pu faire le président précédent, Fernando Henrique Cardoso, dans ses deux premières années. L’explication tient au fait que le gouvernement a besoin de la plus-value gigantesque de l’agrobusiness pour équilibrer les comptes du pays. La politique agricole est donc tournée vers les exportations, j’en veux pour preuve que les OGM ont été légalisés. Nous avons obtenu la création d’un second plan national de réforme agraire avec le ministre du Développement agraire, Miguel Rossetto, et un grand nombre de personnalités des institutions et de la société civile. Ce plan prévoit l’accès à la terre ou à des ressources plus importantes pour un million de familles paysannes au Brésil. Nous disons : « Chiche ! » Cela va de soi. Mais nous estimons que les enjeux de la politique du gouvernement Lula ne sont pas aujourd’hui compatibles avec la réalisation de ce plan étalé jusqu’à 2006. En tant que mouvement social, notre responsabilité est de le faire appliquer tout de même. Pour nous, les avancées sociales n’ont pas lieu sans mobilisations. Nous avons donc prévu un agenda, qui rythmera cette année que nous voulons très riche en luttes pour la terre. Nous allons multiplier les occupations, reprendre une action commune avec la coordination des mouvements sociaux et surtout tenter de marquer un moment politique très fort lors de l’arrivée de la marche nationale pour la réforme agraire, qui partira de Goiania le 17 avril et arrivera à Brasilia en mai. Nous attendrons la réaction du gouvernement avec beaucoup d’intérêt.

Que pensez-vous de l’action propre du ministère de Rossetto [ministre de la réforme agraire, ndlr] ?

Je veux d’abord préciser que Rossetto n’est pas un ennemi. Nous divergeons sur la tactique, même s’il est animé par les meilleurs sentiments. Il me vient une réflexion que je tiens du président Chávez : « Pour régler le problème de la pauvreté, il faut donner du pouvoir aux pauvres. » Il ne suffit donc pas d’être ministre, c’est le peuple organisé qui fera les changements nécessaires au Brésil. Pour nous, la conjoncture est favorable au renforcement de notre organisation, mais nous n’avons aucune illusion sur le gouvernement Lula, qui ne remet pas en cause l’État brésilien, tourné vers le maintien de l’ordre de l’élite et des multinationales. Nous avons un espace et un interlocuteur, c’est mieux qu’avant. Mais le moment historique que nous attendions après l’élection de Lula a tourné court.

Que signifie « renforcement de l’organisation » ?

Nous avons deux grandes difficultés. La première est de remplir notre rôle de formation auprès des militants du MST, auxquels nous devons beaucoup. Un de nos grands défis est de proposer une formation de qualité à ces cadres qui, au long de ces vingt ans de lutte du MST, ont émané du peuple sans terre. Il y a six ans, nous avons émis l’idée de créer une faculté populaire dédiée au MST et aux mouvements sociaux brésiliens. Aujourd’hui, cette école, l’École nationale Florestan-Fernandez (ENFF), est terminée et fonctionnelle pour 250 élèves. Elle a été une école dès la pose de sa première pierre, et la main-d’œuvre est venue des assentamentos et accampamentos du MST [respectivement « terres conquises » et « occupations de terre », ndlr] de tous les États du Brésil, pour se former à son mode de construction écologique et pour suivre des cours théoriques après le travail physique. Nous en avons fait une expérience de formation humaine grâce au travail volontaire, qui, nous le pensons, est la forme la plus aboutie de travail militant, de la pratique révolutionnaire. Nous nous sommes beaucoup inspirés des écrits du Che sur le travail volontaire. L’ENFF sera ouverte à tous les mouvements sociaux du Brésil et d’Amérique latine. Nous avons choisi Florestan Fernandez pour sa contribution à l’analyse de la société brésilienne, qui a inspiré plusieurs générations de lutteurs, et pour sa pensée toujours cohérente avec ses origines populaires : « Faites la Révolution à l’école, le peuple la fera dans la rue. » La deuxième difficulté est la gestion des coopératives de production que nous mettons en place lorsque la terre est conquise. Cet aspect est très important, il en va de la crédibilité de notre projet. Les coopératives fonctionnent déjà bien mais des cours d’agronomie seront donnés à l’ENFF. Il y aura aussi des places pour des sans-terre dans les écoles d’agronomie, notamment au Paranà.

C’était la raison de la visite de Chávez au MST pendant le Forum social mondial ?

Effectivement, nous avons signé un protocole entre l’État vénézuélien, l’État du Paranà et l’université du Paranà, pour ouvrir l’école latino-américaine d’agroécologie. Nous sommes fiers d’avoir reçu Chávez. La solidarité latine fonctionne déjà bien : cette année, les 27 premiers médecins sans terre vont sortir de l’école Martin Luther King de Cuba. Pour nous, renforcer l’organisation, c’est former des militants issus du peuple avec une haute capacité à transformer le quotidien : des médecins, des journalistes, des agronomes... La presse s’est moquée de nous : « Les sans-terre veulent maintenant devenir agronomes ! » Eh bien oui, mais on ne peut le faire qu’en cherchant des appuis en dehors du Brésil. Je crois qu’il y a aujourd’hui plus de Brésiliens pauvres dans les universités cubaines que dans les universités brésiliennes.

Quels sont les enjeux à long terme pour les mouvements sociaux brésiliens ?

Continuer à organiser le peuple. Souvent, les forces de gauche laissent cet aspect de la lutte, vont de grand sommet en grand sommet, et elles se satisfont d’analyses de conjoncture, mais un exercice rhétorique, même combatif, ne suffit pas. Nous pensons que l’essentiel du travail militant doit se faire où les pauvres vivent, sous forme de travail de base. Nous organisons les sans-terre en noyaux de familles autogérés, par exemple, ayant accès à l’éducation, à la formation, à la culture, à l’information indépendante et surtout au travail libéré, dans nos coopératives. Nous devons toujours augmenter notre capacité organisatrice pour « faire société », c’est-à-dire disputer l’hégémonie culturelle, économique, politique au capitalisme, c’est ce que nous a enseigné Gramsci. Il n’y a que de cette façon que nous avons réussi à gagner du terrain sur les latifundia et le capitalisme brésilien. Il reste encore beaucoup de chemin, mais la situation, notamment en Amérique latine, est pleine d’espoir.

Propos recueillis par Julien Terrié

2/26/2009

VENEZUELA : 27 février 1989 : Le jour où le Peuple s'est réveillé...

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"Quelle social-démocratie n’a pas donné l’ordre de tirer
quand la misère sort de son territoire ou ghetto ?"
Gilles Deleuze (1)

Le 27 février 1989, débute à Caracas l’un des évènements historiques les plus signifiants du changement de période politique de la fin des années 80. Quelques mois avant la chute du mur de Berlin, les vénézueliens vivant majoritairement dans les quartiers pauvres (80% de la population) se révoltent contre l'application brutale des mesures du FMI par le vice-président de l'Internationale Socialiste de l'époque : Carlos Andrés Pérez (CAP). La réponse politique du gouvernement vénézuelien est brutale: déploiement l'armée et autorisation de tirer sur la foule. La répression se solde par un terrible bilan : près de 3000 morts en quatre jours.

El Caracazo constitue l’une des premières révoltes d’une nouvelle époque au confluent de trois phénomènes historiques profonds : la fin du stalinisme, la crise de la social-démocratie, et les contradictions sociales et démocratiques de l'hégémonie capitaliste. Cette révolte spontanée marque le réel début du processus révolutionnaire bolivarien et celui d’une longue série de révoltes dans le monde contre le visage libéral du capitalisme.




9 novembre 1989, quartier huppé d'Altamira, le ciel est bas sur Caracas, les nuages cachent le sommet de l'Avila, habituelle ligne d'horizon pour les "caraqueños". La foule regarde cette grande obélisque et l'immense fontaine traversant la plaza Francia que l'on est en train d'inaugurer. Les flashs crépitent quand Carlos Andres Pérez serre la main de son invité de marque : François Mitterrand. Les 200 ans de la Révolution Française sont fièrement commémorés par les deux complices, alors que les familles vénézueliennes ayant pris la ville pour subvenir à leurs besoins, cherchent encore leurs disparus ...



Du « Venezuela Saoudite » au Venezuela endetté.

"Quand les prix baisseront, nous resteront tranquilles"(2) *
Manifestant du Caracazo

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Carlos Andrés Pérez (à droite) dans une réunion à Washington avec George Bush père.

Carlos Andrés Pérez, membre du parti Action Démocratique (AD), est élu président de la république en 1988 et prend ses fonctions le 4 février 1989. Fort d’une solide réputation de tiers-mondiste, de démocrate, il est très attendu pour enrayer la rapide dégradation des conditions de vie des vénézueliens due à une inflation atteignant les 29,46% en 1988. Il ne perd pas de temps (12 jours) pour appliquer son programme « Nouveau Venezuela ». Même si, pendant sa campagne, il a déclaré que le FMI « martyrisait les peuples », il apparaît très sensible aux conseils de ses représentants, présents au Venezuela depuis 1987 pour tenter d'enrayer la crise économique que vit ce pays pétrolier.

La chute du prix du pétrole a profondément entamé l'économie rentière du pays, et malgré la dévaluation du Bolivar, l’inflation demeure. Le système vénézuelien surnommé « Venezuela Saoudite », basé sur un Etat dont l’action se réduit à la redistribution de la rente pétrolière au profit d’une poignée de familles (tout en laissant sur le carreau 80% de la population), souffre d’un grave manque de liquidité. Le FMI propose un prêt de 4,5 milliards de dollars sur 3 ans, mais non sans conditions : « l’habilité du Venezuela à obtenir de nouveaux financements extérieurs dépend du programme économique mené »(3) . L'Etat doit en substance libéraliser son économie et laisser libre cours au marché.

Le 16 février, CAP présente son "paquete économico" (4) à la télévision, l’annonce est tant attendue que pour la première fois, l’élection de Miss Venezuela arrive seconde à l’audimètre ! Les vénézueliens assistent en direct à la présentation d’un programme libéral d’ajustement structurel : abandon des subventions assurant la rentabilité du très léger secteur industriel, privatisation des entreprises publiques, seconde dévaluation du Bolivar et dégel des prix, notamment celui du pétrole…

Les chauffeurs de bus répercutent la hausse du prix de l’essence dès le 27 février : 200% d'augmentation du ticket en une journée… Et ce, dans un contexte de forte mobilisation des étudiants et du personnel de l’éducation (230.000 grévistes pendant 17 jours). Tous ces éléments constituent le détonant mélange de la bombe « Caracazo ».

Réappropriation

"Ils ont exproprié le produit de leur travail, tout ce qui a un rapport avec
les besoins d'un être humain. S'ils ont eu la possibilité de le faire,
alors bravo, que ce rêve soit réalisé !" *

Roland Denis- Ancien ministre de la Planification.

Les oubliés de la "démocratie" se réapproprient le fruit de leur travail.
Les oubliés de la "démocratie" se réapproprient le fruit de leur travail.


Tout commence à Guarenas (cité-dortoir à 30 kms de Caracas), les travailleurs prennent violemment à parti les chauffeurs de bus et refusent de payer le ticket dont le prix a triplé. « Une troupe de la Guardia Nacional tente d’exiger que les chauffeurs baissent leurs prix ; un chauffeur refuse et un garde tire dans les pneus du bus, c’est le signal que tout le monde attendait » (5) . Premières victimes de la colère, les bus et minibus privés sont détruits à la barre de fer puis brûlés, les Guareños se dirigent spontanément vers les camions de marchandises et stoppent le trafic. Les petits commerçants ne voulant pas baisser les prix subissent les premiers saccages et pillages. Un commerçant déclare “Ça commence à s’organiser et comme un ban de langouste, à s’attaquer aux commerces et aux boucheries » (El Nacional 28/02/89). Rapidement, les manifestants se dirigent vers les immenses et emblématiques centres commerciaux vénézueliens (parmi les plus grands du monde). Les vitrines volent en éclats, tous les produits de consommation, surtout alimentaires sont mis sur le dos, ou dans des baluchons : rien n'est organisé mais la réappropriation est très efficace.

La Police Métropolitaine intervient, mais profitant du mouvement, les policiers exigent des améliorations de salaire et une meilleure couverture santé… Les renforts de la PM de Caracas déjà occupée, avec la DISIP (police politique), par la violente mobilisation dans l’éducation sont lents, le mouvement prends corps « Quand la police apparaît, un groupe se charge de les éloigner en lançant des pierres pendant que les autres continuent à ouvrir les commerces » (El Nacional 28/02/89). La nuit tombée, alors que tout le monde attend une accalmie, la situation s’aggrave. Les habitants des quartiers populaires "los ranchos" (de La Vega, de Petare, de Catia, del Valle, de 23 de enero, etc) commencent à descendre massivement dans le centre ville.

La journée du 28 prend une proportion extraordinaire, la ville est prise par les oubliés, les invisibles. Les médias, diffusant en boucle les images de pillage, font passer les manifestants pour des hordes de délinquants. On entend pourtant des slogans de plus en plus politiques : "augmentation des salaires !" ou "baisse des prix de l'alimentation !"... Et les manifestants agissent avec calme et dignité “Non, je ne me repentis pas. C’était un acte honorable. A la maison j’ai à manger, quatre bermudas, un tee shirt, une paire de chaussure… Est ce que je le referais ? Je ne sais pas. » (Manifestante dans El Diario de Caracas 07/03/89) Alors que les banques et les postes de police sont ravagés, on constate que la révolte garde une logique : les pharmacies, les Hôpitaux et les écoles sont épargnés “La seule chose que l’on a laissé ici à El Valle- a été la Ferretería Futuramic. Personne ne l’a pillée parce que le propriétaire est quelqu’un de bien, qui vend pas cher et se comporte bien avec les gens du quartier” (El Nacional 03/03/89). On voit ça et là des fêtes, des barbecues profitant de la viande et des appareils de son «récemment acquis».

CAP rentre de Barquesimeto dans la nuit du 27 et constate l'ampleur de la situation. Une réunion a lieu à Miraflores (palais présidentiel) avec les représentants du gouvernement, les autorités militaires et des représentants des partis politiques d’opposition. Ces derniers ne divergent que sur un seul point : la suspension des garanties constitutionnelles. Le MAS (Mouvement Vers le Socialisme), par exemple, pensait qu’il était nécessaire de “rétablir l’ordre public sans suspension des garanties de liberté. Il est clair qu’il y a eu de graves débordements et qu’il règne une climat d’insécurité et de peur” (El Nacional 05/03/89). Devant l’unanimité d’approbation du recours à la répression, CAP met en œuvre un plan de déploiement des Forces Armées Nationales pour le « rétablissement de l’ordre » : le Plan Avila.

Massacre

« Nous sommes disposés à tuer qui que ce soit, ce sont les ordres que nous avons reçus»

Un soldat cité dans journal El Nacional du 3 mars 1989

"Nous avons tous contribué au rétablissement des procédures
normales de production de biens et de services pour conserver
et préserver le bien être. [...] Le peuple et le gouvernement ont constitué,
une fois de plus, une formidable équipe de travail nommée : Venezuela "*

Eladio Larez - Président de la chaîne RCTV en direct pendant le massacre.

La répression est totale, hommes, femmes, jeunes et vieux sont massacrés.

La répression est totale, hommes, femmes, jeunes et vieux sont massacrés.


A 16h, le 28 février, on déclenche le Plan Avila. Il permet la suspension des garanties constitutionnelles : liberté de la presse, liberté de manifester, de réunion, d’opinion, suspension de l’inviolabilité des foyers, de l’interdiction des détentions abusives… L’armée peut agir en toute impunité. Pendant quatre jours, la répression est totale dans les rues et jusque dans les habitations : des hommes, des femmes, des jeunes sont abattus froidement jusque dans leurs logements*.

Un médecin témoignera plus tard : « Dès le mardi, trente morts et presque trois mille blessés sont arrivés, la majorité touchés par des armes de guerre. Au début, seulement des jeunes hommes, mais rapidement sont arrivés des femmes, des enfants et des vieux […] J’ai vu un enfant de neuf ans avec une énorme blessure par balle sur la poitrine. […] On aurait dit une guerre, chaque minute, il y avait un nouveau blessé. » (El Nacional 02/03/89)

La foule a du mal à compter ses morts, la recherche des victimes est souvent impossible car des fosses communes sont creusées par l'armée pour faire disparaître les centaines de corps.

La répression a duré jusqu'au 2 mars 1989. Le gouvernement rendra public le chiffe officiel de 243 victimes, toutes les analyses s’accordent pourtant sur plus de 3000 disparus. On se demande encore comment toute l'armée vénézuelienne a pu collaborer à ce niveau à cette chasse ignoble. Le lieutenant colonel de l'armée vénézuelienne Hugo Rafael Chavez Frias étant souffrant ces jours là, on ne pourra jamais savoir ce qu'il aurait fait. Une chose est sûre, un secteur important de l'armée autour du MBR-200 (6) prend alors conscience de la barbarie de ce pouvoir et rêve de changement.

Le 4 février 1992, ces mêmes forces tentent un coup d'Etat contre CAP, celui-ci échoue mais Chavez passe 10 secondes à la télé vénézuelienne, assume la responsabilité de cet échec (jamais un homme politique n'avait pris ses responsabilités publiquement au Venezuela) et affirme que leurs objectifs ne sont pas atteints "por ahora" (« pour l’instant »). Ce mot résonne dans la tête de tous les meurtris du Caracazo et le vent commence à tourner quand la cour suprême de justice destitue CAP pour corruption en 1993. L'élection de Chavez en 1998 et le processus révolutionnaire bolivarien s’avèrent être une recherche de débouché politique à cette révolte.

De la spontanéité

« Absolument tous les organismes de police, de sécurité,
[…] les directions et sections de renseignement de toutes
les Forces Armées Nationales ont été prises par surprise »
(7)
Rafael Rivas-Vasquez- directeur de l’Agence de Renseignement Vénézuelienne en 1989



La révolte s'est spontanément tournée vers les petits et grands commerces devenus hors de prix.

La révolte s'est spontanément tournée vers les petits et grands commerces devenus hors de prix.


La spontanéité du mouvement pose directement la question de la réappropriation. Sans aucun appel de mouvements politiques, de syndicats, d'organisations populaires quels qu’ils soient, le peuple vénézuelien a fait preuve d'une incroyable cohérence. Ceci montre qu'une organisation propre aux quartiers vénézueliens, même naissante ou latente, existait bel et bien. Plusieurs phénomènes expliquent peut être cette cohérence, notamment la présence de groupes de la théologie de la libération ou d’ex-guérilleros, présents depuis les années 1970. Caracas a compté plus de 300 hommes en armes à cette période, et le FLN-FALN (8) comme les tupamaros sont des groupes très influents dans les quartiers les plus peuplés de Caracas.

Certains groupes de guérilla avaient, depuis le début des années 1980, progressivement changé leur stratégie de lutte, à la recherche d'une stratégie mieux adaptée que les méthodes cubaines ou colombiennes, et préféré l'organisation communautaire, la formation politique, et le travail culturel, en s'affrontant constamment au trafic de drogue, principal obstacle à l’organisation communautaire. Ceci entraînait des combats d'hégémonie dans certains quartiers, comme par exemple La Vega (quartier pauvre de 700.000 habitants) où la population était habituée et même actrice de cet affrontement. Un terrain propice à la mobilisation populaire ? Ceci est indéniablement un facteur déterminant.

Le mouvement étudiant a joué un rôle important dans la structuration, l’Université Centrale du Venezuela (UCV) est devenue le centre de commande, pas seulement pour les leaders étudiants, mais aussi pour les dirigeants populaires. Le 27, après une grande assemblée de près de onze heures une grande manifestation démarre de l'Université vers Plaza Venezuela, où commencent à émarger des barricades. La jeune dirigeante étudiante Yulimar Reyes a été la première tuée de la journée du 27, sa mort a eu un impact énorme sur la radicalisation du mouvement.

Le Caracazo a pourtant montré les limites de la spontanéité d'action et, à partir de cet événement, un saut qualitatif s’est produit dans l’organisation communautaire, ce qui a permis de construire dans les quartiers un tissu social et militant capable d’accueillir plus tard, avec plus ou moins d’indépendance avec le gouvernement bolivarien, les mesures sociales et de démocratie participative et protagoniste qui caractérisent le processus politique actuel.

Le facteur central expliquant la spontanéité du mouvement est l’absence de réelles forces de gauche, syndicales ou politiques, présentes au Venezuela. Alors qu’on l’a vu, le parti AD, surnommé le « parti du peuple » est totalement converti au libéralisme, la centrale syndicale majoritaire, la CTV, est elle aussi totalement inscrite dans le système de corruption assurant la distribution des pétrodollars de PDVSA (l’entreprise pétrolière) à l’oligarchie vénézuélienne. Le Parti Communiste Vénézuelien, le MAS, le parti Causa Radical était incapables à l’époque de réagir, le 26 février 1989 le MAS avait publié un communiqué demandant timidement à CAP « un programme d’ajustement plus graduel, équilibré et équitable ». Très déstabilisés par les échecs des guérillas de libération nationale et la fin palpable du modèle soviétique, ces forces avaient pris, depuis les années 80, un tournant réformiste qui les isolaient du peuple. Ils sont allés jusqu’à soutenir, en 1994, le président Caldera, successeur de CAP qui a notamment continué les réformes libérales (notamment les privatisations). Le volcan Caracazo a jailli entre deux plaques tectoniques de l’histoire : la fin du stalinisme et la crise de la social-démocratie.

Crise de la social-démocratie...

"Est-ce juste que dans leur pseudo démocratie,
la vie humaine n'ait aucune valeur ?"*

Manifestant du Caracazo

La présence à Caracas le 9 novembre 1989, d’un François Mitterrand fraîchement réélu, est révélatrice des relations (inchangées après le Caracazo) entre l’Internationale Socialiste et le parti Action Démocratique (AD). De cette visite, l’Histoire ne retiendra pas son malaise pendant le voyage, mais bien son silence, sur les lieux de ce massacre à la portée politique inouïe. Même Le Monde sous la plume de Thierry Desjardins annonce « CAP a commis une grave erreur en lançant ses troupes de combat sur la ville (…) A partir de ce moment, Carlos Andrés Pérez s’est entaché de sang ». (Le Monde du 07/03/89 repris dans El Nacional du 08/03/89)

En 1993, après sa destitution pour corruption, le bureau de l'Internationale Socialiste envoie en communiqué un texte témoignant à Carlos Andres Pérez toute son amitié et son estime (9) . Une méconnaissance de la situation ? Sûrement pas, l'Internationale Socialiste devait beaucoup à CAP ... Bernard Cassen écrivait dans le Monde Diplomatique (10) "M. Carlos Andrès Pérez[...] avait été généreux avec ses amis européens : il est de notoriété publique que, sous la direction de M. Felipe Gonzalez, le Parti socialiste espagnol (PSOE) a largement bénéficié de sa « solidarité » financière. D’où, sans doute, l’éloquent silence des partis socialistes européens, et notamment du PS français, lors du coup d’Etat anti-Chávez du 11 avril 2002." . On peut y voir une « solidarité » financière, mais le plus significatif est peut être bien une solidarité de positionnement politique : l'application plus ou moins brutale des politiques du FMI, d’un côté comme l’autre de l’Atlantique.

D’éminents représentants ou soutiens de l’Internationale Socialiste en Amérique Latine ont subi les foudres des révoltes populaires. Le président bolivien Gonzalo Sánchez de Lozada et son bras droit Jaime Paz Zamora (l'un des 34 vice-présidents de l'IS) ont dû démissionner au cours de la "guerre du gaz" en 2003. En 2005, le peuple équatorien aux cris de "Fuera Lucio, que se vayan todos ! " (11) a fait destituer le président Lucio Gutierrez, soutenu par le Parti Socialiste, pour ne pas avoir tenu ses engagements de campagne.

L'espoir résiderait-il dans le démarquage clair et le dépassement de la gauche qui a capitulé ? Les processus politiques latino américains les plus intéressants, au Venezuela, en Bolivie et en Equateur nous montrent que oui.

Julien Terrié
Le 27 février 2009

(1) DELEUZE G. , Qu’est-ce que la philosophie ?, Minuit, p. 103.

(2) Les citations pointées par un * proviennent de témoignages extraits des archives vidéos du Caracazo, et récoltés par la coopérative COTRAIN http://www.youtube.com/watch?v=vg7mvx3IYRw

(3) LEVEQUE Frédéric, Le ’Caracazo’, c’était il y a 15 ans, CADTM, http://www.cadtm.org/spip.php?article500

(4) « Paquet économique» CAP a choisi faire passer toutes les mesures en une seule fois.

(5) COLMENAREZ Elio : LA INSURRECCIÓN DE FEBRERO: a 20 años del Caracazo. marxismo.info

(6) Mouvement Bolivarien Révolutionnaire des 200, groupe de militaires bolivariens issus du travail politique du parti Causa Radical dans l’armée vénézuelienne.

(7) RIVAS-VASQUEZ Rafael, EL DÍA QUE BAJARON LOS CERROS, Febrero de 1999, http://www.amigospais-guaracabuya.org/oagrv002.php

(8) Front de Libération National – Forces Armées de Libération Nationale

(9) ROGALSKI Michel, « L’Amérique Latine et nous », Fondation Gabriel Péri, http://www.gabrielperi.fr/L-Amerique-latine-et-nous

(10) CASSEN Bernard, « Union sacrée à Strasbourg », avril 2004, Monde Diplomatique http://www.monde-diplomatique.fr/2004/04/CASSEN/11132

(11) « Dehors Lucio, qu’ils s’en aillent tous ! »

1/30/2009

Grève Générale Part I


Créé par Oziel1996

Aujourd'hui, 90.000 personnes ont battu le pavé toulousain dans une ambiance fraternelle et déterminée (ça va être dur à criminaliser ça... Bon courage à l'UMP et aux journalistes). On avait pas vu tant de monde depuis la dernière manif contre le CPE qui sonna le glas de ce projet de précarisation et qui marquait aussi la fin de quelque chose, d'une longue série de luttes sans victoire. On avait pas vu autant de boîtes du privé depuis 95, première révolte contre l'application des réformes libérales en France. Aujourd'hui, on a bien fait comprendre à Darcos que sa reculade était justifiée et à Sarkozy que la population est déterminée à ne pas payer la crise du capitalisme.

Bonne journée, donc, mais ce gouvernement ne répondra pas, continuons le combat...

12/01/2008

Lutte des Classes...

8/13/2008

Les boliviens disent "oui" à Evo Morales.

Dimanche dernier, les boliviens étaient appelés aux urnes pour voter pour ou contre le maintien du président Evo Morales, ainsi que des préfets de région. Le 8 mai 2008, les députés de l'opposition avait proposé ce référendum, et le 12, l'Assemblée Nationale votait une loi validant la proposition et convoquant le premier référendum du genre en Bolivie. Après dépouillement, 63% des boliviens ont approuvé la présence d'Evo Morales à la tête de l'Etat et sa politique marquée par la récupération des entreprises publiques et des ressources naturelles (nationalisation des hydrocarbures le 1er mai 2006, opposition à la privatisation de l'eau), par des lois sociales avec la mise en chantier d'une nouvelle Constitution (instaurant notamment des droits aux communautés indigènes), et par la lutte contre les stratégies impérialistes nord-américaines.

Sa politique est également marquée par la volonté de conserver l'unité du pays, à laquelle s'opposent ses puissants opposants, essentiellement localisés dans la "medialuna", entre les riches provinces de Santa Cruz, Tarija, Pando et Beni. Sous couvert d'autonomie, ceux-ci demandent l'indépendance, ce qui implique bien entendu la conservation des richesses dans la région (hydrocarbures notamment), et non une simple décentralisation : cette confusion est souvent utilisée volontairement par les détracteurs de la politique de gauche de Morales, qui en profitant de la complexité de la politique de décentralisation, font le procès d'un soit disant "caudillo narcissique" et autoritaire (1) . Et ce, en Bolivie, comme dans certains journaux français à grand tirage.

Cette stratégie "indépendantiste" des régions à hauts intérêts économique a déjà été appliquée et/ou soutenue plusieurs fois en Amérique Latine par les intérêts financiers et politiques étrangers : par exemple la région pétrolière de Zulia au Venezuela pour priver le gouvernement d'Hugo Chavez de ressources, et plus antérieurement, le Panama, séparé de la Colombie en 1903 pour garantir le contrôle des USA sur le canal.

Toujours est-il que Morales a déclaré aujourd'hui qu'"il lui restait encore deux ans et demi et qu'il voulait en finir avec la pauvreté". Celui-ci a également affirmé qu'"il ne fallait pas croire qu'il y aurait dans le pays un dialogue entre les préfets de la medialuna, mais un dialogue avec les mouvements sociaux et syndicaux" faisant référence aux incidents suite à la grève générale lancée par la centrale syndicale COB pour les retraites (la proposition de Morales était trop libérale) où il a fallu malheureusement la mort de mineurs dans des affrontements avec la police juste avant le référendum pour que le gouvernement négocie. Cet évènement montre les contradictions présentes dans ce gouvernement qui devra avancer rapidement vers des réformes sociales promises, vers l'extension de la propriété publique, la lutte contre les dispositifs néo libéraux mis en place précédemment et surtout dans le contrôle populaire. Le peuple bolivien est un peuple organisé et combatif qui doit rapidement trouver son intérêt dans ce jeune processus.

Malgré cette victoire importante au référendum, les équilibres semblent maintenus, puisque les préfets de la dite médialuna ont également obtenu la majorité des votes approuvant leur maintien, si ce n'est deux opposants à Morales : Jose-Luis Paredes à La Paz et Manfred Reyes Villa à Cochabamba. A l'image de la réaction de ce dernier, le refus de se soumettre au vote populaire, défiant ainsi Moralès de "porter atteinte à la démocratie" en nommant un autre préfet, la situation en Bolivie semble toujours dominée par un rapport de force violent, deux jours seulement après l'exercice par le peuple de son droit de participation au fonctionnement démocratique du pays.

Ce processus de référendum révocatoire fait écho à celui auquel l'opposition vénézuelienne a soumis, sans succès non plus, Hugo Chavez le 15 Août 2004. L'article 72 de la constitution bolivarienne ainsi que l'article 241 du projet de constitution bolivienne offrent, à mi-mandat, ce droit aux électeurs. La LCR s'est toujours battue pour la révocabilité de tous mandats électifs, cette disposition n'existant pas dans la constitution française : c'est donc un droit à conquérir ...Et pourquoi ne pas y soumettre notre si populaire président ?

Julien Terrié et Flora Bajard


1- Voir l'article de Paulo A. Paranagua dans le Monde du 09/08/08 http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2008/08/09/en-bolivie-evo-morales-joue-son-va-tout-dans-un-referendum-sur-son-mandat_1081927_3222.html


6/20/2008

Contribution au Débat rencontre nationale NPA 28/29 juin

Etant actuellement au Venezuela, je ne pourrai participer à la première rencontre nationale NPA. Le séjour dans ce pays me permet de mettre en perspectives l’avancée du processus NPA avec des évènements constituants du processus révolutionnaire bolivarien. Il n’est pas question ici de comparer des situations politiques très éloignées mais de faire apparaitre l’utilité et les possibilités d’un parti résolument anticapitaliste, à la lumière des avancées du processus bolivarien mais aussi des ses échecs. Notre activité internationaliste sert à ça... Analyser et s'inspirer du meilleur mais aussi des erreurs de ceux qui cherchent à changer le monde.

En décembre 2008, le processus Bolivarien fêtera ses 10 ans. Premier projet a avoir contesté l'hégémonie néolibérale mondiale, il est important pour nous de le connaître et de le suivre dans ces avancées mais aussi ses limites.Connivence politico-idéologique droite/gauche.

L'élection de Chavez s'est faite dans un contexte politique de connivence extrême, par un accord de partage du pouvoir, entre la droite et la gauche institutionnelle. L'émergence de Chavez en tant que leader politique s'est faite en réaction au terrible "Caracazo" du 27 février 1989, journée de massacre après la promulgation des lois d'ajustement du FMI, les prix ont augmenté de 200 à 300%, des milliers de vénézueliens sont descendus se servir directement dans les magasins, Carlos Andres Perez alors président a envoyé l'armée et ordonné de tirer sur la foule: 3000 morts. Chavez a incarné une alternative politique parce qu'il s'est opposé radicalement au parti AD (Action Démocratique) par ailleurs fidèle adhérent de l'internationale socialiste et maintenant des liens avec le parti socialiste français (d'où le positionnement odieux du PS sur Chavez). Par exemple, La Plaza Francia, immense place de Caracas, en plein cœur du quartier huppé d’Altamira dans la municipalité de Chacao, a été inaugurée par François Mitterrand en 1989 quelques mois après le massacre. Les deux compères de l’Internationale Socialiste prétendaient ainsi célébrer le bicentenaire de la Révolution française, mais ce sont ceux qui descendirent des collines quelques mois avant pour revendiquer le droit à une vie digne qui étaient les vrais continuateurs, les vrais frères, des porteurs des Cahiers de Doléances de 1789.

Le processus vénézuelien, est donc apparu dans un contexte que nous connaissons bien: Connivence politique et idéologique droite/gauche institutionnelle, application brutale des réformes libérales, résistances sociales... évidemment avec des grosses nuances entre les situations vénézueliennes et françaises, mais si nous sentons déjà que notre positionnement en totale rupture avec le parti socialiste est porteur, le processus vénézuelien nous confirme que ce cadre est générateur de mobilisations et d'espérance.

Constitutions...
La première campagne politique du gouvernement de Chavez à peine élu, fut le lancement d'un grand débat national, immensément politique, autour du projet de nouvelle constitution. La constitution de 1962, déjà surnommée "la moribonde", représentait un régime qualifié par les vénézueliens de "démocrature": hyper présidentialisme, absence de démocratie, non reconnaissance des droits fondamentaux, persécutions.

La participation de la population aux discussions sur le projet constitutionnel, la rédaction de certains articles spécifiques par des mouvements sociaux a engendré une des constitutions les plus progressistes au monde et surtout a gravé dans le marbre les intentions du gouvernement, ce qui a comme avantage de donner une ligne mais aussi de donner aux luttes un texte officiel pour envisager un débouché (ce qui a généré des luttes où il n'y en avait pas) et une possibilité de bousculer le gouvernement si la situation n'avance pas. L'application sous forme de décret de la constitution par les 49 décrets d'application a conduit le patronat vénézuelien à organiser un coup d'Etat contre Chavez en 2002, avec l'aide bien sûr des États Unis. La population de Caracas est une nouvelle fois descendue défendre le processus et a remis Chavez au pouvoir avec l'aide d'une frange de l'armée, le 13 avril 2002.

Les grands traits de la constitution bolivarienne sont: révocabilité des élus (par référendum à mi mandat), disparition du Sénat, droits constitutionnels aux indigènes, sécurité sociale intégrale, droit à l'éducation, à la santé...

Cette question constitutionnelle, on l'a vu en France en 2005, peut être génératrice d'effervescence politique, de débat et de conscientisation. Un parti comme celui que nous voulons construire devra prendre en main sérieusement cette question, au niveau français (la notre de 1958 n'est pas moins moribonde et pas moins hyper présidentialiste...) et au niveau européen.
D'une certaine manière, Sarkozy en poussant les contradictions des institutions françaises qui rendent possible un tel manque de démocratie, met à l'ordre du jour le changement institutionnel. Un projet de constitution alternatif, en discussion avec la population, prendrait une place centrale dans le débat politique. Ce doit être, je pense, l'une des tâches à long terme de notre nouveau parti.

Révocabilité des élus.
Le 15 Août 2004, après plusieurs tentatives de déstabilisation du gouvernement (coup d'état -manqué- puis gigantesque grève patronale enrayée par la reprise de la production par les salariés du pétrole) l'opposition choisit la voie constitutionnelle pour tenter de virer Chavez. Un référendum révocatoire est organisé, Chavez gagne avec 59% des voix contre la révocation, avec une des plus grosses participations dans un scrutin vénézuelien à cette époque.
Ce qui a pu s'appliquer à un gouvernement populaire, pourquoi un gouvernement de l'élite comme le notre ne pourrait-il pas s'y soumettre. Il y a une tradition du mouvement social latino américain de référendum d'initiatives populaires, par exemple celui sur l'ALCA au Brésil à fait voter 11 millions de personnes contre ce projet de zone de libre échange. En france, l'idée des référendum d'initiative populaire est loin d'être morte, elle resurgit peu ou prou à chaque élection locale. Cela peut être la fonction de notre nouveau parti, mettre un tacle politique à Sarkozy en proposant la tenue d'un référendum révocatoire à mi mandat, pour poser largement la question démocratique, le contrôle des élus, et faire le tour des mairies (cette fois pour une campagne un peu plus grisante que les signatures de maires...) pour évaluer le nombre de mairies volontaires pour l'organiser.

Nouveau parti aussi...
Le Venezuela a aussi connu un processus de création d'un nouveau parti... Le PSUV, peu après l'annonce de sa fondation par Chavez, plus de 7.000.000 de vénézueliens ont adhéré, sur 26 millions d'habitants, inutile de préciser que c'est gigantesque. Cette création répond à une exigence de coordination et d'union des forces du processus, mais tient malheureusement peu compte de toutes les sensibilités, le processus de fondation fut peu démocratique, le bureau politique étant, par exemple, élu par un collège d'électeur non défini, la prise de décision hypercentralisée. Ce manque de démocratie et de cohésion conduit malheureusement à une importante infiltration d'opposants dans le PSUV, et une activité politique difficile pour les forces de gauche radicale. Le dernier référendum perdu concernant l'inscription du socialisme dans la constitution bolivarienne, le "SI" a obtenu seulement 4000000 de voix, inutile de dire que le compte n'y est pas.
La question démocratique, encore plus sur un parti de masse, nécessite d'être centrale dans la création d'une organisation, cette question a divisé les camarades de gauche critique proches de la quatrième internationale au Venezuela, certains sont rentrés dans le PSUV pour faire le maximum à l'intérieur, d'autres n'ont pas accepté cette situation.

Nationalisations
Depuis peu le gouvernement ne pousse plus, comme au début, les mobilisations. Il y a une volonté de contrôle des luttes, pourtant quand des luttes sont très importantes, l'Etat cède aux revendications des salariés, qui la plupart du temps, quand il s'agit d'une multinationale, demandent la renationalisation de l'entreprise. Dernièrement l'entreprise de sidérurgie et d'électricité Sidor tenue par des capitaux argentins a été nationalisée, 15.000 salariés étaient en lutte depuis 3 mois, la gestion de l'entreprise est en partie assurée par les ouvriers. Une usine des cimenteries Lafarges vient d'être nationalisée après une importante lutte. Pour nous, cela parait incroyable... Mais le fait de menacer une entreprise quelle qu'elle soit de nationalisation si elle ne respecte pas les droits des travailleurs ou les exigences écologiques, est une chose que nous devons imaginer aussi en tant que débouché concret à beaucoup de nos luttes.
Evidemment la discussion ne s'arrête pas là, et la critique que nous faisons est que les entrepreneurs sont tous dédommagés rubis sur l'ongle. Il y a cependant une réelle volonté de faire participer les ouvriers à la gestion, il faut s'inspirer des ces véritables laboratoires d'idées et d'expériences et analyser des résultats même s'ils restent encore très inégaux.

Transition
Il est évident que les stratégies de transition entre un modèle capitaliste et socialiste sont dépendante de la situation, le gouvernement vénézuelien a choisi de contourner un état gangréné par la corruption et les pratiques politiques de la quatrième république. La solution a été de créer des missions (éducation, santé, SDF, formation professionelle, création de coopérative...) sans passer par les ministères. L'argent venant directement de la principale ressource financière du pays nationalisée en 2002: PDVSA, l'entreprise pétrolière. Cette tactique a le mérite de fonctionner mais les pratiques de corruption et de népotisme sont toujours très dures à enrayer et la droite endogène (droite du chavisme) reprends les mauvaises habitudes... De son côté, le gouvernement de Evo morales a choisi une autre stratégie, licencier tous les hauts fonctionnaires d'état et chercher de cadres dans le mouvement social, ce qui met une panique importante dans le dispositif et retarde beaucoup de choses, les cadres n'étant pas formés pour ça, mais l'issue sera peut être plus positive.

Réfléchir à la transition y compris dès maintenant ne peut être pour nous aussi que productif et générateur de débats très structurants.

D'autres processus sont en cours en Amérique latine, avec chacun leurs stratégies, leurs échecs et leurs avancées. Nous maintiendrons bien sûr toujours un oeil sur ces situations politiques. L'internationalisme est une valeur que nous ne devons pas négliger alors que le capitalisme, lui, fait de son organisation internationale, une de ces principales forces d'argument et d'action.

De Caracas, Julien Terrié

5/09/2008

Sur france inter...

émission de radio parlant de la vidéo sur Mc do:

http://www.radiofrance.fr/franceinter/chro/blogapart/index.php?id=67382

4/24/2008

Paraguay: "L'Evêque des pauvres" met fin à 60 ans de domination du Parti Colorado.

En élisant Fernando Lugo comme président, les Paraguayens font sauter le verrou de la vieille dictature de Stroessner. C'est une des têtes de la coordination de la théologie de la libération en Amérique Latine qui arrive au pouvoir, il est élu sur un programme de souveraineté énergétique et alimentaire essentielle dans un pays en lambeaux socialement, économiquement et politiquement. Pour mettre en œuvre son programme, il devra bâtir une alliance politique solide et mobilisatrice pour s'affronter, en plus de la domination étasunienne à la domination régionale des deux grands : le Brésil et l'Argentine.

Le coup d'état de 1989 qui renversa le dictateur Alfredo Stroessner n'a pas beaucoup changé le visage de la politique paraguayenne. Le dictateur, qui gouvernait le pays depuis 1954, s'est appuyé sur le même parti, le parti Colorado, pour gouverner le pays jusqu'à dimanche par des méthodes de clientélisme, de corruption et avec une forte répression. Seulement le 29 mars 2006, l'histoire de ce pays vacille : plus de 40 000 personnes descendent dans la rue de la capitale, Asunción, et créent le mouvement Resistencia Ciudadana pour éviter que le président Duarte Frutos puisse se représenter à un second mandat, interdit par la Constitution.

Un des porte-parole de ce mouvement est l'évêque de San Pedro, une zone très pauvre où les paysans luttent depuis longtemps contre les propriétaires terriens. Fernando Lugo apparaît comme le seul personnage public pouvant faire trembler le parti Colorado qui contrôle tous les ressorts du pouvoir : bureaucratie d'état, mafia, armée, et grand patronat. Le 17 décembre 2006, pendant une réunion du mouvement Tekojoja , on remet à Fernando Lugo 100.000 signatures de pétitions demandant à ce qu'il renonce à son ministère sacerdotal et puisse ainsi se présenter aux élections de 2008.

Le 22 décembre, il accepte ce "mandat populaire" et envoi sa démission au Vatican. Mais Benoît XVI se souvient avoir croisé le nom de Lugo dans sa chasse aux ecclésiastiques de la théologie de la Libération alors qu'il n'était encore que Ratzinger : il décide de le radier in divinis pensant que n'étant pas démissionnaire, le droit constitutionnel invaliderait sa candidature . Il n'en fût rien, l'article 42 de la constitution indique qu'un individu ayant la volonté de démissionner ne peut plus être considéré comme partie prenante de son groupe. Les voies constitutionnelles...

Un pays totalement délabré

Lugo arrive à la tête d'un pays dévasté. Sur 6 millions d'habitants, 63% sont pauvres. 4,5 millions (80%) n'ont pas accès aux soins de santé élémentaires. 600.000 paysans sans terre errent dans le pays. 100 000 Paraguayens émigrent de la campagne vers la ville chaque année ou quittent le pays pour l'Espagne ou l'Argentine : les envois de fonds des migrants représentent désormais la seconde rentrée financière du pays, dépassée seulement par les exportations de soja.

En 2006, les producteurs de soja ont exporté l'équivalent de 450 millions de dollars et les éleveurs quelques 430 millions. Ils paient des impôts misérables : 3% pour les éleveurs et 1,8% pour les producteurs de soja. Lugo propose un vaste programme de réforme agraire, et pour le mettre en oeuvre, il est entouré de cadres du Mouvement des Sans Terre brésilien. Ceci suffira-t-il pour permettre l'émergence au premier plan d'un fort mouvement paysan ? C'est un des enjeux de ce mandat.

Sur le plan énergétique, il existe un vieil accord entre le Paraguay et l'Argentine mais surtout, le Brésil possède Itaipu, un immense barrage hydroélectrique sur le fleuve Paranà. Cet accord ficelé par Stroessner n'a rapporté que 250 millions de dollars en 2006 et 307 millions en 2007, alors que le prix du marché donnerait une bouffée d'oxygène de 2 milliards de dollars dans les caisses de l'état, une "bénédiction" pour les projets du nouveau pouvoir.

Une alliance politique fragile mais mobilisée

Quand on l'interroge sur ses alliances en Amérique Latine, Lugo répond habilement qu'il admire tous les dirigeants de gauche latinos, mais que le Paraguay doit mettre en place son propre processus. L'alliance électorale mise en place est très large et demande à y voir de plus près.

Pour porter sa candidature, deux forces politiques se sont constituées. D'un côté le Bloque Social y Popular, composé des 5 centrales syndicales : un secteur du mouvement paysan, la démocratie chrétienne, le Parti révolutionnaire fébrériste et le Parti des travailleurs, et le mouvement Tekojoja. De l'autre, une concertation "pays possible" constituée d’ex du parti Colorado et d’élus qui a permis à Lugo d'obtenir des financements et des appuis parlementaires. Beaucoup de problèmes ont été réglés pendant la campagne même si subsistent des contradictions politiques, notamment sur les rythmes et les alliances internationales qui pourront handicaper un processus qui aura fort à faire contre un parti Colorado divisé, certes, mais tenant encore tout le champ administratif (200 000 fonctionnaires, dont 95% font partie du parti Colorado), économique et surtout mafieux.

Le souffle des mobilisations contre le parti Colorado et contre les privatisations en 2007 n'est pourtant pas tombé, ce qui donne une base combative au processus, qui sans nul doute est une excellente nouvelle pour les paraguayens et tous les peuples d'Amérique Latine.


Julien Terrié

3/28/2008

Olivier Besancenot décrit le projet de Nouveau Parti



Extrait de l'intervention du meeting Debout du 03 mars 2008

3/26/2008

Ambiance Manif du 20 novembre 2007...

Au Point diff de la LCR... Myriam Martin:


Au hasard de la manif... CSP:


Cortège de SUD... Patrick:


Cortège Cheminot... Céline:


Cortège FSU avec son orchestre habituel... Marie Cécile:


Point collectif contre les franchises... Marie Pierre:


Cortège étudiant... Louis et Sylvain:

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